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séminaire du Céditec - séance du vendredi 19 juin 2009, 14h à 17h

Publié le 24 janvier 2010

salle 304, UFR de Sciences économiques, Mail des Mèches (juste au-dessus de la salle habituelle, la salle Keynes)

 


Le Groupe de Recherche sur l’Analyse du Discours Philosophique :
bilan et perspective
s

 

Le GRADPhi a été créé en 1992 par Frédéric Cossutta dans le cadre de sa Direction de Programme au Collège International de Philosophie. Depuis de nombreuses années il développait dans le cadre d’une Thèse d’Etat le projet d’une appréhension de la philosophie comme discours, en se situant dans le courant de l’Analyse du Discours « à la française » (séminaires et travaux de lexicométrie à l’ENS de St Cloud et collaboration avec Dominique Maingueneau). Il s’agissait de conduire une réflexion épistémologique sur les conditions de possibilité d’un tel programme appliqué à cet objet « philosophie » et de proposer une méthode d’analyse qui, sans réduire mécaniquement  la philosophie, l’aborderait comme un discours à côté d’autres discours, quitte à reposer à nouveau frais la question de sa spécificité, par exemple à travers la catégorie de « discours constituant ».
La formation d’un groupe de travail répondait à la volonté d’élargir l’investigation en collaborant avec des chercheurs qui, sans nécessairement partager une même option théorique, se reconnaîtraient dans le choix d’une approche de la philosophie dans ses formes textuelles, langagières, discursives et pourraient unir leurs efforts pour approfondir la démarche, comparer leurs points de vue (1). Il rassemble des philosophes, des linguistes, des spécialistes venant des sciences des textes et du  discours, des historiens de la philosophie.
Le groupe a toujours fonctionné en séminaire fermé (avec des réunions mensuelles) afin d’éviter les effets de dispersion et de déperdition d’énergie de séances publiques et surtout afin de forger au fil des années des habitudes de travail et de collaboration qui tout en intégrant les traits de personnalité « idiosyncrasiques » et la diversité des styles autoriserait dans le cadre d’une compréhension mutuelle sans concession un véritable travail collectif. Ce travail a vraiment eu lieu, tant au cours  de séances consacrées à des exposés qu’à des séances préparées individuellement et qui donnaient lieu à un travail collectif.
Depuis 1997 le groupe a été accueilli à l’Université Paris 3 par Francine Cicurel et fait maintenant partie du CEDITEC en étant  rattaché à l’axe « L’étude des discours, concepts et méthodes » dirigé par Dominique Maingueneau.

Les thèmes traités ont pu être aussi bien des lectures croisées d’un même texte philosophique (« Le possible et le réel » de Bergson, un dialogue inachevé de Descartes, telle préface de Foucault, Lévinas ou Bourdieu), que l’investigation de certaines des grandes contraintes discursives du philosophique : le statut de l’argumentation, le rôle des formules et des énoncés détachés, la façon dont les aspects biographiques jouent dans le discours des philosophes, le problème des unités et de la cohérence textuelle, la question du dialogisme et de la polémique. Depuis l’an passé nos travaux sont consacrés à une étude comparée de préfaces pour tenter de comprendre quelles sont les marques et les opérateurs qui permettent de distinguer discours philosophique discours de sciences humaines.
Il n’était cependant pas question de rester enfermés dans cette pratique interne. A chaque fois que le résultat des travaux a été jugé significatif, des journées d’étude, des colloques ainsi que des publications collectives ont été organisés, ce qui a permis de mettre ces travaux à l’épreuve des critiques, de s’enrichir en  s’adressant à la communauté scientifique, de susciter des collaborations plus  larges (voir la liste des publications collectives en annexe).
On peut s’étonner qu’un groupe au départ quasi informel ait eu une telle longévité une telle stabilité dans sa composition et, si on accorde ce jugement, une réelle fécondité (cela ne préjuge pas de certains échecs, une certaine difficulté à s’élargir ou se renouveler et surtout une relative difficulté à toucher les sphères philosophiques institutionnelles). Outre les relations d’amitié nouées au fil du temps, il semble que l’intérêt que les uns ou les autres des participants ont montré pour cette approche et cette façon de travailler ne s’est jamais démenti.

Mais il s’agit moins au cours de ce séminaire de procéder à une auto-célébration que de dresser une sorte de bilan de parcours.
Nous proposons quatre interventions émanant de membres fondateurs du groupe qui, par la diversité de leurs points de vue, témoignent que la finalité de notre travail collectif n’a jamais été la définition d’une sorte d’orthodoxie d’analyse du discours philosophique. Par la capacité d’écoute que nous avons acquise au fil des séances de nos séminaires, par l’habitude du travail collectif non seulement sur des thèmes mais aussi très souvent au cours de séances improvisées ou de lectures et analyses conduites en commun, nous avons développé une synergie, un air de famille dans nos démarches qui, loin d’empêcher un travail autonome et personnel, l’encourage au contraire.
Lors de nos premières années de travail nous nous étions posé la question de nos appartenances en comparant nos démarches, en interrogeant leurs présupposés théoriques, en explicitant certaines de nos options épistémologiques : Alain Lhomme se réclame d’une stylistique du philosophique, Alain Bordron s’inscrit dans un cadre sémiotique, Dominique Maingueneau ou Frédéric Cossutta se référent à Foucault et à l’Analyse du discours (sans préjuger d’autres optiques qui ont pu être ou sont défendues par d’autres membres du groupe). Cette interrogation a laissé très vite la place à un travail de fond portant sur des questions ou des thèmes précis qui ont occulté des préoccupations plus théoriques.
Nous voudrions profiter de ce séminaire pour renouer avec ce moment épistémologique inaugural en conjuguant la mise en perspective de notre parcours, certains de nos travaux récents et cette question méthodologique.

 

Programme

Frédéric Cossutta (Professeur de philosophie en Khâgne, Saint Exupery, Mantes la Jolie) :
Le discours philosophique, un discours très ordinaire ?

Jean-François Bordron (Université de Limoges) :
 La philosophie et son expression textuelle

Alain Lhomme (Professeur de philosophie en Khâgne, Faidherbe, Lille) :
Figures de style, figures de pensée

Dominique Maingueneau (Université Paris 12) :
La philosophie comme institution discursive


 

(1) Le groupe qui a eu au fil des ans des configurations variables (un de ses fondateurs, A. M.  Ali-Bouacha est décédé) est actuellement composé de J.F. Bordron, F. Cicurel, F. Cossutta, P. Delormas, K. Fothui, A. Lhomme, D. Maingueneau, M. Temmar.