ANTOINE CULIOLI, UN HOMME DANS LE LANGAGE

Originalité, diversité, ouverture

Publié le 24 janvier 2010 Mis à jour le 15 février 2010

COLLOQUE INTERNATIONAL

CENTRE CULTUREL INTERNATIONAL

CERISY-LA-SALLE

8 - 12 juin 2005

Avec la participation d'Antoine Culioli

Directeurs
Dominique Ducard (Université Paris XII - Céditec EA 3119)

ducard@univ-paris12.fr

Claudine Normand (Université Paris X)


•  Les directeurs du colloque

•  Antoine Culioli, une notice biographique

•  Présentation

•  Organisation et thématiques

•  Programme des journées


Les directeurs du colloque

Dominique Ducard (Université Paris XII, Céditec EA 3119)

Dominique Ducard est maître de conférences habilité à diriger des recherches en Sciences du langage à l'université Paris XII-Val de Marne. Il est membre de l'équipe de recherche du Centre d'étude des discours, images, textes, écrits et communications (Céditec, EA 3119). Ses travaux portent d'une part sur l'histoire et la sémiologie des textes, d'autre part sur l'élaboration d'une sémiologie interprétative du langage.

Il est l'auteur d'un ouvrage sur la voix et la parole qui se situe au carrefour de plusieurs champs disciplinaires : La Voix et le Miroir. Une étude sémiologique de l'imaginaire et de la formation de la parole , L'Harmattan, Paris, 2002. Il a mené plusieurs travaux qui se réfèrent à la théorie des opérations énonciatives : il est l'un des auteurs de l'ouvrage Un genre universitaire : le rapport de soutenance de thèse , Presses Universitaires du Septentrion, 2002, et il a réuni plusieurs de ses études dans un volume intitulé Entre grammaire et sens. Études sémiologiques et linguistiques , Ophrys, Paris, 2004.

Il a codirigé un colloque international dans le Centre culturel de Cerisy-la-Salle en 2001, dont les actes ont été publiés en 2003 : Argumentation et discours politique. Antiquité grecque et latine, Révolution française, Monde contemporain , Presses Universitaires de Rennes, 2003.

Claudine Normand (Université Paris X)

Claudine Normand est maître de conférences honoraire habilitée à diriger des recherches   en Sciences du langage, à l'Université de Paris X-Nanterre. Elle fait partie du comité de rédaction de la revue LINX (Université de Paris X).

   Ses travaux portent sur l'histoire et l'épistémologie de la linguistique (plus particulièrement Saussure et Benveniste) et sur la sémantique lexicale et énonciative. Elle a publié de nombreux articles dans ces deux domaines de recherche et a collaboré à plusieurs ouvrages collectifs, en particulier : Nouvelle Encyclopédie Philosophique (Saussure) ; Histoire des Idées Linguistiques , Liège, Mardaga, 2000 (T. III, La linguistique générale ) ; Lexicon Grammaticorum , Tübingen, M.Niemeyer, 1996 (E. Benveniste) ; Cambridge Companion to Saussure , Cambridge University   Press, (à paraître en 2004). Elle a co-organisé (avec Michel Arrivé) et publié, trois colloques de Cerisy ( en 1992, 1995, 1998) : Saussure aujourd'hui, (LINX, Paris X, 1995),   Émile   Benveniste vingt ans après (LINX, Paris X, 1997), Linguistique et Psychanalyse (Paris, In-Press, 2001).

    Trois livres renvoient à ses axes de recherche : La quadrature du sens (Paris, PUF, 1990), Saussure (Paris, Belles Lettres, 2000), Bouts, brins, bribes : petite grammaire du quotidien (Orléans, Le Pli, 2002).



Antoine Culioli : une notice biographique

•  Naissance à Marseille, où il fait toute sa scolarité jusqu'à l'hypokhâgne. Khâgne

                au lycée du Parc à Lyon

1944 Entre à l'ENS (Ulm). Études en philologie germanique (islandais, vieux haut allemand...)

1948        Agrégation d'Anglais

1948-49 Enseigne dans le secondaire

1949-53 Assistant à la Sorbonne en Philologie anglaise

1953-54 Délégation au CNRS

1954-1961 Maître de Conférences à Nancy, où il introduit l'enseignement de la linguistique avec la création de la section de Philologie anglaise et le certificat de Linguistique générale.

1960 Thèse : Transformation du système modal en anglais médiéval ; disparition du subjonctif (thèse principale) ; Dryden, traducteur de Chaucer et de Boccace (thèse secondaire).

1961-1988 Professeur de philologie anglaise

1988-1991 Professeur émérite

1963 Ouvre, à l'ENS, un séminaire de « Linguistique formelle »

1965 Premier séminaire d'été à Besançon , avec Bresson, puis Grize ; ce   séminaire d'été (connu sous le nom de BCG) , tenu en 1966 à Nancy puis à Lumigny, cesse en 1971.

Fonde avec des médecins et des scientifiques (Bruhat, Dresch, Soriano , Albouy...)

l'Université pluridisciplinaire de Jussieu-Paris VII, où il crée un domaine de Civilisation britannique et américaine (devenu UFR Charles V) et le Département de Recherches Linguistiques regroupant ethnologues, mathématiciens, informaticiens dans une même   UFR

Médaille d'argent du CNRS et multiples distinctions (Palmes Académiques, Légion D'Honneur, Ordre du Mérite...)


                                                                                      

Présentation

   Antoine Culioli développe depuis plus de 40 ans une théorie connue sous le nom de « Théorie des Opérations Énonciatives », qu'il définit comme une linguistique dont l'objet est l'étude de l'activité de langage à travers la diversité des langues, des textes et des situations.   

   Longtemps limité à l'espace du séminaire de l'ENS et réputé d'un abord difficile, ce travail théorique sur le langage, toujours en chantier, devient accessible à une plus large audience avec les publications qui s'enchaînent depuis 1990 et, plus particulièrement, avec la parution d'entretiens où Antoine Culioli est amené à éclaircir les différents aspects et enjeux de sa théorie.   

   Ses travaux, qui ont pris une place majeure dans l'histoire de la linguistique, ouvrent en outre des perspectives sur d'autres champs de recherche, de l'anthropologie aux neurosciences, et intéressent plus généralement l'ensemble des sciences humaines. Cette ouverture l'a conduit à dialoguer de façon privilégiée avec les philosophes, de la tradition (notamment les stoïciens) à la modernité (Humboldt, Husserl, Wittgenstein, Desanti...), avec des logiciens (Grize, Desclès...) et des psychanalystes (Lacan, Laplanche, Green, Kristeva...).   

   Cette richesse d'intérêts et cet engagement dans le dialogue des disciplines lui donnent une place originale, et on peut dire unique, dans les mouvements de pensée contemporains.    

   Pour toutes ces raisons il nous paraît important d'organiser aujourd'hui ce colloque qui doit intéresser un large public.

                                                  



Organisation et thématiques

 

Le colloque se déroulera sur quatre jours soit 8 demi-journées, avec une répartition en matinées et après-midi selon les modalités précisées dans ce descriptif.

Antoine Culioli sera présent au cours de ces journées afin d'engager le dialogue et de répondre aux questions, dans un esprit de mutuelle compréhension et de confrontation des idées.

Rencontres intellectuelles

Les 4 matinées seront essentiellement consacrées à des exposés d'invités spécialistes de domaines connexes aux sciences du langage. Ils viendront confronter leur point de vue avec celui du linguiste et introduire leur propre questionnement sur le langage. Le nombre d'interventions sera limité à deux ou trois afin de laisser le dialogue s'installer et de favoriser les échanges avec les auditeurs.

Thématiques

Chaque après-midi sera centrée sur une thématique linguistique et comprendra trois ou quatre communications suivies de discussions. Les intervenants ont été sélectionnés à partir d'un argumentaire précisant les thèmes retenus et invitant à faire tenir ensemble la réflexion théorique et la référence à des études de cas.

 

•  Schèmes, schémas et schématisations

Depuis un intérêt marqué pour les logiques formelles jusqu'au recours à des « formes schématiques », de nature topologique, afin de figurer dans le système théorique les schèmes de représentation sous-jacents au mouvement de la pensée dans la langue (les langues), la théorisation d'A. Culioli a connu une évolution. Quel statut peut-on accorder à ces graphes ? A quelles traditions épistémologiques peut-on se référer ? Par quel raisonnement passe-t-on de l'observation construite des données et de la manipulation contrôlée à l'interprétation ? Interprétation ou explication ?

•  Représentations et rationalités

La notion de « représentation » est on ne peut plus difficile à aborder autant par sa généralité que par la diversité de ses approches. Elle occupe une place centrale dans la théorie des opérations énonciatives, qui est aussi une théorie des représentations. Quelle relation envisager entre les différents types de représentations ? Quelle est la place de la « notion » ? Quelles philosophies de la représentation   peut-on invoquer ? Quel rapport établir entre représentations conscientes ou réfléchies avec les représentations non-conscientes ou inconscientes ? Il y a-t-il des représentations sans représentants, sans « marqueurs » ? Quels sont les apports des neurosciences ou de la psychanalyse ? L'affect est-il représentable dans les langues et les textes ?

L'activité permanente de représentation chez le sujet pensant et parlant est qualifiée d'épilinguistique. Elle manifeste, selon A. Culioli, qui s'étonne de la cohérence qui organise cette dynamique interne et dont les textes gardent la trace, une « rationalité silencieuse » . Comment comprendre cette expression ? A l'aide de quels phénomènes ? Comment distinguer et décrire différentes formes de rationalités dont la raison raisonnante des classiques n'est qu'un mode possible ?

•  Observables et méthodes dans les études de cas en linguistique

Le linguiste peut ambitionner de mener son analyse à terme et ne rien laisser passer de ce qu'il cherche à expliquer. Mais quelle est la démarche du linguiste, curieuse à bien des égards ? Qu'est-ce qui détermine son attente alors qu'A. Culioli nous montre que l'entrée en matière se fait par surprise, face à l'apparente évidence du sentiment linguistique ?

Plus méthodiquement, d'où partir et où s'arrêter ? Comment procède-ton pour réunir les données ? Comment les organiser et en faire des observables ? Peut-on traiter de tout et de quelle manière ? Qu'est-ce qui échappe ou résiste ? Quelle est la part du prédictible et de l'aléatoire ?


Question de transmission

Les journées seront ponctuées par des interventions sur la question de la transmission de la théorie des opérations énonciatives. Seront alors plus particulièrement sollicités ceux qui ont longtemps fréquenté, lors de leur cursus universitaire ou de leur parcours de recherche, le séminaire d'Antoine Culioli et ont tiré parti de son enseignement.

Antoine Culioli évoque parfois la difficulté à mettre par écrit les observations, raisonnements et réflexions qu'il est amené à exposer oralement dans son séminaire, ouvert il y a quarante ans. Il est par ailleurs réticent à figer, sous la forme de synthèses ou de glossaires, un état de la théorie. C'est ainsi à chacun de ceux qui acceptent de le suivre, pour des raisons diverses, de s'approprier non pas une théorie toute faite mais une démarche, un mode de questionnement, un type de raisonnement, une forme de pensée.

Le séminaire a vu passer, autour d'un groupe d'auditeurs « fidèles », beaucoup de chercheurs, linguistes ou non, s'intéressant au langage. Certains se sont engagés sur les voies déjà tracées en étudiant des phénomènes linguistiques dans des langues diverses, d'autres se sont lancés sur de nouvelles pistes d'exploration en aménageant les concepts ou en redéfinissant le cadre théorique, d'autres encore ont transposé la problématique dans des domaines connexes ou ont, plus simplement, tenu compte des hypothèses avancées dans leur propre interrogation sur le langage et sur le sens.

Plus qu'à des témoignages sur un passage, nous invitons à une réflexion sur ce qui s'est transmis, de quelle façon et sur ce qui peut faire l'objet d'un enseignement.

Conférence

Lors de la dernière demi-journée Antoine Culioli interviendra pour nous proposer un « état des lieux », évoquer la trajectoire suivie et les perspectives de développement de sa recherche.

Catherine Fuchs, Directrice de recherche au CNRS, sera la discutante d'A. Culioli. (sous réserve)



Programme

•  8 juin en soirée : accueil, présentation, visite du site

 

•  9 juin

matin

Ouverture  :

D. Ducard : Seuils, passages, sauts

Rencontres intellectuelles (1)  : Logiques, modélisations

P. Boudon : Problèmes linguistiques de la quantification

J. P. Desclès : Linguistique des opérations

J. B. Grize : Métalinguistique et/ou métalogique

après-midi

            Thématique (1)  : Schèmes, schémas et schématisations

J.-J. Franckel et D. Lebaud : De la glose à l'interprétation : vers une méthodologie de la reformulation

S. de Vogüé : Le concept d'invariant et sa fonction dans la description et l'explication des faits linguistiques

S. Aoki : La déférence, les idéophones, les prédicats subjectifs : quelques
points de vue sur la linguistique énonciative culiolienne

S. Robert : Du rôle et des limites de la forme schématique

                

•  10 juin

matin

            Rencontres intellectuelles (2)  : Épistémologie, philosophie

F. Cossutta : A. Culioli, linguiste et philosophe ?

M. Soubbotnik : L'énoncé de l'ordinaire

            Question de transmission

S. Fisher : Une démarche pionnière : le B.C.G.

 

après-midi

            Thématique (2) : Représentations et rationalités

     E. Gilbert : Réflexions sur la représentation des relations d'ordre spatial. Le cas de

quelques prépositions

  A. Deschamps : Éléments pour une représentation formelle des prédicats

A. Montaut et S. Vassilaki : Figures du sujet énonciateur

G. Bergounioux : La Théorie des opérations énonciatives est-elle soluble dans l'endophasie ?

           

•  11 juin

matin

            Rencontres intellectuelles (3)  : Traditions, traductions

J. P. Lefebvre : Déconstruction / réfection par Celan de la langue allemande

C. Malamoud : La notion de frontière : remarques d'un indianiste

            Question de transmission :

J. Guillemin : Traduction et fonctionnement du langage

après-midi

Thématique (3)  : Observables et méthodes dans les études de cas en linguistique

D. Leeman : Pourquoi « je lève les mains » mais non « je lave les mains »

A.-C. Berthoud : Interroger des formes linguistiques « ancrées » dans l'interaction verbale

P. Siblot : Comment identifier une formation discursive

•  12 juin

matin

Rencontres intellectuelles (4)  : Activité mentale, réalité psychique

J. Caron : Opérations énonciatives et opérations cognitives

L. Danon-Boileau : Linguistique de l'énonciation et processus psychiques

Question de transmission :

D. Paillard : De la reconnaissance      

 

après-midi

            Conférence  : Antoine Culioli

            C. Fuchs, discutante (sous réserve) - Discussion générale

            Clôture  :

Cl. Normand : La théorie d'A Culioli, une poétique ?