Le nom propre en discours

Publié le 24 janvier 2010 Mis à jour le 15 février 2010

Journée d’étude co-organisée par le Céditec, EA de l'université Paris 12 - Val-de-Marne (Marie-Anne Paveau), le Syled-Cediscor, EA de l'université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle (Sandrine Reboul-Touré), le Celted, EA de l'université Paul Verlaine - Metz (Michelle Lecolle)

 

Actes : les actes de cette journée seront publiés fin 2008 ou début 2009 sous la forme d'un numéro des Carnets du Cediscor (Presses de la Sorbonne Nouvelle), n°11

jeudi 12 octobre 2006, 9h à 17h

lieu : Université de la Sorbonne nouvelle, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris - Salle Bourjac

 

Présentation

Les approches discursives du nom propre sont encore balbutiantes et l’analyse du discours ne peut que s’enrichir de favoriser leur éclosion. Des travaux encore épars essaient en effet de rendre compte de la manière dont les noms propres sont investis et réinvestis de sens dans la production discursive, sens étroitement lié aux différents ancrages des discours (historique, géographique, sociologique, etc.).

Qu’il s’agisse d’anthroponymes (Napoléon, Che Guevara, Marylin), de toponymes (Tchernobyl, Byzance, Diên Biên Phu) ou d’autres “ –onymes ” moins prototypiques (ergonymes comme les titres d’œuvres, praxonymes comme les noms d’événements, ou phénonymes comme les noms d’ouragans), les noms propres sont travaillés par des circulations et des épaisseurs sémantiques qui en font des lieux de sens bien éloignés des désignateurs rigides de la tradition logique.

En 1963, U. Weinreich parle d’« hypersémanticité ». Mais ce que P. Siblot, qui a ouvert le champ de l’étude linguistique du Np en discours, appelle “ signifiance ” en 1987 est une notion posée dès 1962 par C. Lévi-Strauss dans La pensée sauvage : “ On voit que le problème des rapports entre noms propres et noms communs n’est pas celui du rapport entre nomination et signification. On signifie toujours, que ce soit l’autre ou soi-même ” (p. 220), et plus loin : “ Dans chaque système, par conséquent, les noms propres représentent des quanta de signification, au-dessous desquels on ne fait plus rien que montrer ” (p. 258 ; ital. de l’auteur). Nous voyons ici une sorte de fil rouge dans la sémantique du Np depuis les années 1960, sans que le domaine ait été véritablement stabilisé comme champ de recherche. En effet, les théories sémantico-logiques, qui suggèrent qu’il est vide de sens (car il désigne directement l'individu porteur du nom) ou chargé de la signification la plus particularisante (car il désigne un individu unique), ont longtemps dominé les approches linguistiques du Np. En perte de vitesse dans les approches contemporaines du Np, mais encore bien présentes dans les appréhensions immédiates, ces théories semblent être relayées actuellement par une approche linguistique, d’ordre syntactico-sémantique : la théorie du Np modifié, présentée de manière synthétique dans un numéro de Langages en 2005 (S. Leroy dir.).

Mais l’idée de la valeur sémantique discursivedu Np est présente, comme une sorte de tradition souterraine ou parallèle, depuis les années 1960 chez différents chercheurs sous des termes variés : “ épaisseur sémantique ” ou “ feuilleté ” pour R. Barthes à propos de Proust (1) (Barthes 1972 [1967]) ; “ connotation associative ” pour C. Kerbrat-Orecchioni dans La connotation en 1977 ; “ potentialités signifiantes ” pour P. Siblot 1987 ; “ évocations symboliques ” mentionnées par P. Charaudeau dans sa Grammaire du sens et de l’expression en 1992 ; “ halos positifs et négatifs ” pour M. Wilmet dans sa Grammaire critique du français en 1997 ; et, tout récemment, “ omnisignifiance ” pour G. Cislaru dans sa thèse sur la sémantique des noms de pays (2005).

Cette journée d’étude a pour but de permettre des échanges entre chercheuses et chercheurs intéressés par l’approche discursive du nom propre, et attentifs aux apports de disciplines qui questionnent aussi le nom propre avec leurs méthodes propres (anthropologie, histoire, géographie, ethnologie, onomastique, psychanalyse, etc.).

Barthes R., 1972 [1967], “ Proust et les noms ”, inLe degré zéro de l’écriture, Paris, Le Seuil.
Lévi-Strauss C., 1962, La Pensée sauvage, Paris, Presses Pocket.
Siblot P., 1987, “ De la signifiance du nom propre ”, Cahiers de praxématique 8, Praxiling, Publications de l’université Paul-Valéry, Montpellier 3, p. 97-114.
Weinreich U., 1963, “ On the Semantic Structure of Language ”, in Greenberg J.H. (ed.), Universals of language, Cambridge, Massachussetts, The MIT Press, p. 114-171.

(1) La lecture sémantique des Np par l’auteur de La recherche ne relève pas seulement d’une onomastique littéraire insuffisamment scientifique. L’épaisseur psychologique et sentimentale que M. Proust confère à Venise et Balbec, comme il la donnera au “ nom de Parme ” et au “ nom de Gilberte ”, chargés pour lui de “ connaissance ”, de “ notions ” et de “ mémoire ”, fait en effet l’objet dans Du côté de chez Swann, en 1913, d’une théorisation spontanée dont le fonctionnement en discours du Np, sa place dans les structures sociales, dans les débats idéologiques, dans les guerres territoriales, dans les joies ou les souffrances quotidiennes montrent assez bien la pertinence.

 

 

Programme

(résumés des communications ci-dessous)

• 9h : mot d'ouverture d'André Salem, directeur du Syled
• 9h15 : présentation de la journée et du réseau d'équipes d'accueil par les trois organisatrices

présidente de séance : Simone Bonnafous, directrice du Céditec
• 9h30-10h :
Guy Achard-Bayle, Université Paul Verlaine-Metz, Celted
De la mythologie à la chirurgie plastique : évolution et plasticité de l'identité/identification, vacance et perte du nom propre
• 10h-10h30 :
Georgeta Cislaru, Université Paris 3, Syled-Cediscor
Oxyhre, Stef, Dyadya Misha… Les pseudonymes sur Internet, du discours au sens

• 10h30-11h : pause

président de séance : Dominique Ducard, directeur adjoint du Céditec
• 11h-11-30 :
Inna Khmelevskaia, Université pédagogique de l’Oural, Céditec Paris 12
Une passe à la Zidane : nom propre dans le discours du reportage sportif
• 11h30-12h :
Marge Käsper, Université de Tartu, Céditec Paris 12
Evoquer Marx à l'heure actuelle dans la presse estonienne

• 12h-14h30 : déjeuner libre

présidente de séance : Sandrine Reboul-Touré, responsable de la composante Cediscor du Syled
• 14h30-15h :
Marie-Anne Paveau, Université de Paris 13, Céditec
De Gravelotte à Diên Biên Phu. Le feuilleté mémoriel des noms de bataille
• 15h-15h30 :
Michelle Lecolle, Université Paul Verlaine-Metz, Celted
Catégorisation, réseaux de causalités et construction du sens du nom propre : le cas de Outreau

• 15h30-16h : pause

présidente de séance : Sophie Moirand, fondatrice du Cediscor
• 16h-16h30 :
Alice Krieg-Planque, Université Paris 12, Céditec
A propos des noms propres d’événement. Evénementialité et discursivité
• 16h30-17h :
Marie Veniard, Université Paris 3, Syled-Cediscor
Le nom propre d’événement : le cas de la guerre d’Afghanistan

• 17h : clôture de la journée

 

 

Résumés des communications

Guy Achard-Bayle, Université Paul Verlaine-Metz, Celted
De la mythologie à la chirurgie plastique : évolution et plasticité de l'identité/identification, vacance et perte du nom propre
Je voudrais essentiellement me pencher sur des "cas", au sens clinique ou expérimental du terme mais aussi au sens des puzzling cases des philosophes analytiques qui ont réfléchi aux questions d'identité-identification (et leurs "manipulations", cf. Ferret). Des changements physiques plus ou moins radicaux affectant un individu ont ou peuvent avoir des répercussions sur son apparence (phénotype) et donc sa reconnaissance (au sens de Ricœur), son identification… L'observation de nos cas (diversement "attestés" mais tous "enregistrés" dans et par les textes) permettra d'envisager plusieurs procédés de (ré) ajustement référentiel et textuel face à de tels changements :
Un premier cas, traditionnel (en ce qu'il est attesté de longue date en corpus - par ex. et notamment dans/par les Métamorphoses d'Ovide), est ce que j'appellerai la "vacance" du nom propre : il s'agit de NPs de personne qui "se vident" de leur (peu de) sens, en se combinant dans des chaînes référentielles à des substituts indifféremment masculins ou féminins (il vs elle).
Le deuxième cas est d'actualité (greffe partielle du visage d'une femme agressée et dévisagée par un chien) et donc relativement nouveau en termes d'ontologie (de la reconnaissance) : dans ce cas (corpus de presse), la personne perd (même provisoirement) son NP, pour une désignation de type "commun" et connotatif (SN défini + qualifiant ou caractérisant)…
En contrepoint, je voudrais reprendre l'exemplaire, emblématique et Étrange cas du Dr Jekyll & Mr Hyde… Je traiterai une séquence où la configuration narrative (monologue intérieur) et les contraintes représentationnelles (dédoublement alterné donc incompatibilité des doubles dans un même espace-temps de l'histoire) obligent à maintenir les NP à tous les maillons de la chaîne, à chaque occurrence d'une marque d'identification…
Pour terminer, je serai donc amené à revoir, sous cet angle conjugué de conformités au texte et au contexte, la question de la rigidité logique que les analyses discursives du NP ont, non sans raison, mise à mal…
Références bibliographiques :
Achard-Bayle, G., à paraître, Perturbations sexuelles… (Ré) Ajustements textuels, in R. Sock (éd.), Actes Perturbations et réajustements, langue et langage, 1er-3 décembre 2004, Haguenau (U. Marc Bloch Strasbourg).
Dolezel, L., 1985, Le triangle du double, Poétique, 64, 463-472.
Ferret, S., 1993, Le philosophe et son scalpel. Le problème de l’identité personnelle, Paris, Éd. de Minuit.
Ferret, S., 1996, Le bateau de Thésée. Le problème de l’identité à travers le temps, Paris, Éd. de Minuit.
Ricœur, P., 2004, Parcours de la reconnaissance, Paris, Stock.
Strawson, P., 1973, Les individus, Paris, Éditions du Seuil.

Georgeta Cislaru, Université Paris 3, Syled-Cediscor
Oxyhre, Stef, DyadyaMisha… Les pseudonymes sur Internet, du discours au sens
Les pseudonymes se distinguent par leur fondement presque exclusivement discursif. Pseudonymes d’écrivains, d’artistes et, récemment, de blogueurs, d’énonciateurs sur les forums en ligne, etc. renvoient soit à des identités inventées, qui prennent forme à travers les productions discursives ou artistiques de leurs porteurs, soit à des identités d’emprunt, sous-tendues par les discours dont le nom choisi est dépositaire.
Nous proposons une approche discursive des pseudonymes d’internautes, qui débouchera sur quelques considérations théoriques concernant le traitement discursif des noms propres. Nous observons, pour commencer, les différents pseudonymes qui circulent dans les forums afin de dégager des catégories stéréotypiques : quels pseudonymes sont utilisés dans les forums des amateurs de jeux vidéos, dans les forums des supporters sportifs, dans les forums de critiques d’art ou de littérature ? Nous analysons ensuite les commentaires des internautes concernant l’anonymat sur le Web, le choix ou l’abandon d’un pseudonyme. En effet, sens, discours, identité et production d’écrits en ligne – on parle de « qui écris-je ? » – sont intimement liés. Enfin, nous mettons en regard les pseudonymes et les discours produits par leurs porteurs en tentant de déceler les liens qui se tissent entre ethos discursif et valeurs sémantiques.
Références bibliographiques :
ANIS, J., 2001, « Approche sémiolinguistique des représentations de l’ego dans la communication médiée par ordinateur », Langages 144, Paris : Larousse, p. 20-38.
BAKHTINE, M., 1977, Le Marxisme et la philosophie du langage, Paris : Minuit.
CISLARU, G., 2005, Étude sémantique et discursive des noms de pays dans la presse française avec référence à l’anglais, au roumain et au russe, Thèse de doctorat en Sciences du langage, Université Paris 3 – Sorbonne Nouvelle.
CISLARU, G., 2004, « Plusieurs noms – plusieurs identités ? Comportement référentiel des noms de pays ‘synonymes’ dans le discours de presse », dans Actes du colloque international et interdisciplinaire Identité(s), Poitiers 2002, Rennes : Presses Universitaires de Rennes, p. 545-555.
FRIEDMAN, E.J., RESNICK, P., 2001, « The Social Cost of Cheap Pseudonyms », Journal of Economics and Management Strategy 10/2, p. 173-199.
LAPIERRE, N., 2006 [1995], Changer de nom, Paris : Folio Essais.
LEROY, S., (à paraître), « ‘Les prénoms ont été changés’. Pseudonymisation médiatique et production de sens des prénoms », Cahiers de Sociolinguistique 11, Rennes : PU de Rennes.
LÉVI-STRAUSS, C., 1962, La Pensée sauvage, Paris : Plon.
MARCOCCIA, M., 2004, « L’analyse conversationnelle des forums de discussion : questionnements méthodologiques », Les Carnets du Cediscor 8, Paris : Presses Sorbonne Nouvelle, p. 23-38.
NOAILLY, M., (éd.), 1995, Nom propre et nomination, Toulouse : Presses universitaires de Toulouse – Le Mirail (diffusion Klincksieck).

Inna Khmelevskaia, Université pédagogique de l’Oural, Céditec Paris 12
Une passe à la Zidane : le nom propre dans le discours de reportage sportif
Dans le discours du reportage sportif, le nom propre évolue dans deux dimensions : réelle et virtuelle. A côté des noms d’agents d’action effectivement présents sur le terrain, apparaissent des noms propres référentiels qui servent de points de repère pour la constitution de l’espace mythologique du jeu. J’étudierai dans ma communication les fonctions de ces noms propres appartenant à la sphère conceptuelle collective des sportifs, journalistes et supporteurs ; ils créent une poésie épique sportive, de sorte qu’un match évoque en fait tous les matches jamais commentés. Ce sont des anthroponymes que l’on emploie surtout en comparaison (une passe à la Zidane, un arrêt digne de Barthez) où en faisant référence à un évènement (but de Horst,main de Maradonna), dont certains deviennent des sortes de noms déposés : un coup franc platinien, une panenka, etc. Sont également employés les noms paraphrasés de joueurs et d’équipes (Quinze de la Rose, Diables rouges ou Canaris) qui, tout en remplissant leur fonction anaphorique et initiatique, présentent des quasi-formules poétiques, à l’image des kennings des mythes scandinaves.
Références bibliographiques :
Barthes R., 1972, Nouveaux essais critiques, Paris, Seuil.
Derrida J., 1993, Essai sur le nom, Paris, Editions Galilée.
Jeu B., 1987, Analyse du sport, Paris, PUF.
Slychkine G. G., 2000, Du texte au symbole : concepts lingvoculturels des textes référentiels dans l’esprit et le discours, Moscou, Academia.
Volkov A.M., Volkov Z.N., 2000, Beowulf : sur la poésie épique anglo-saxonne, Moscou, URAO.

Marie-Anne Paveau, Université de Paris 13, Céditec
De Gravelotte à Diên Biên Phu. Le feuilleté mémoriel des noms de bataille
Nous nous proposons de montrer que le sens du Np relève d’une mise en discours descriptible en termes cognitifs, dans la version sociale et culturelle de la cognition (Conein 2005), qui rend compte de la construction des connaissances et des interprétations à partir de la coopération entre agents, humains et non humains (objets et artefacts). Nous examinerons le fonctionnement du Np en discours à partir de la notion de mémoire cognitivo-discursive (Paveau 2006), version retravaillée de la mémoire discursive telle qu’elle est présentée par Courtine puis Moirand. C’est l’omnisignifiance du Np (Cislaru 2005) qui lui permet d’être un repère sémantique dans la construction de la mémoire et de l’histoire, comme le montre exemplairement le cas des noms de bataille, noms chargés s’il en est (voir le débat récent en France autour de la célébration d’Austerlitz) : des mémoires hétérogènes (mémoires de classe, mémoires professionnelles, générationnelles, etc.), voire antagonistes (les amis et les ennemis des guerres) s’élaborent et se transmettent en investissant le nom de bataille jusqu’à en faire un nom de mémoire, véritable cadre sémantique accueillant les valeurs, émotions, souvenirs et évocations qui construisent les mémoires collectives (Halbwachs 1971 [1941], Isaacs 1975). Nous travaillerons à partir d’exemples en langue (figements du type « ça tombe comme à Gravelotte ») et en discours (politique, médiatique, militaire).
Références bibliographiques :
Conein B., 2005, Les sens sociaux. Trois essais de sociologie cognitive, Paris, Economica.
Cislaru G., 2005, Étude sémantique et discursive du nom de pays dans la presse française, Thèse de doctorat, Université de Paris 3-Sorbonne nouvelle.
Halbwachs M., 1971 [1941], La topographie légendaire des Évangiles en terre sainte. Étude de mémoire collective, Paris, PUF.
Isaacs H. R., 1975, « Basic Group Identity : The Idols of the Tribe » in Glazer N. & Moynihan D. P. (éds.) Ethnicity, Theory and Experience, Harvard U. P., Cambridge, p. 46-52.
Paveau M.-A., 2006, Les prédiscours. Sens, mémoire, cognition, Paris, PSN.

Michelle Lecolle, Université Paul Verlaine-Metz, Celted
Catégorisation, réseaux de causalités et construction du sens du nom propre : le cas de Outreau
Outreau
, nom d'une ville du Nord de la France, s'est, depuis quelques années, largement émancipé de son sens locatif initial en acquérant à travers les discours d'autres valeurs. Ainsi ce qu’on appelle communément « l’affaire d’Outreau » ou tout simplement « Outreau » est devenu dans les discours publics récents (2005-2006) le type par excellence de l’erreur judiciaire.Cependant, les discours qui mobilisent ce nom propre, en le situant dans des « textures causales » (Quéré 1994) différentes, le rapportent à des valeurs différentes. En d’autres termes, tout en dénotant largement, selon ces discours, le dysfonctionnement de la justice, voire même de la société française dans son ensemble, le Npr Outreau apparaît comme symptôme de faits différents.
Nous nous proposons, en linguiste, de cerner le (ou les) sens en construction de Outreau à travers les catégorisations qui lui sont appliquées, par le biais des structures syntactico-sémantiques dans lesquelles il entre, mais aussi selon les valeurs sémantico-référentielles qu’il prend dans les textes et les réseaux de causalité qui y sont exprimés.
Références bibliographiques :
Gary-Prieur M.-N. (1994). Grammaire du nom propre. Paris, Presses Universitaires de France.
Lecolle M. (à paraître). « Éléments pour la caractérisation des toponymes en emploi événementiel ». Actes du Colloque international : « Représentations du sens linguistique III », Bruxelles, du 3 au 5 novembre 2005.
Quéré L. (1994), « L’événement “sous une description” : contraintes sémantiques, croyances stéréotypiques et “natural facts of life as a morality” », Protée. Théories et pratiques sémiotiques, Département des Arts et Lettres de l’Université de Québec, Chicoutimi, vol. 22, n 2, printemps 1994, p. 14-28.

Alice Krieg-Planque, Université Paris 12, Céditec
A propos des noms propres d’événement. Evénementialité et discursivité
D’abord, on tente une rapide synthèse des modes sous lesquels ont été abordés les rapports entre “événement” et faits langagiers. En effet, les propositions foisonnent : “événement de discours”, “événement de parole”, “événement linguistique”, “nom d’événement”… (une même expression recouvrant souvent des notions distinctes selon les auteurs). Ensuite, on s’attache à saisir certaines des questions posées par l’idée de “nom propre d’événement”. Sans aucunement prétendre épuiser le sujet, on cherche à appréhender la portée et l’utilité d’une telle notion, en particulier pour l’étude de corpus médiatiques. Dans le cadre d’une mise en discours du monde par les médias d’information où la notion d’“événement” est toujours centrale, et où sont à l’œuvre l’élaboration de séries et la recherche de prototypicités, la possibilité de construire des classes d’événements apparaît comme une ressource digne d’être analysée. A la croisée de la linguistique, de l’analyse du discours, et de l’étude des pratiques d’écriture journalistique, nous nous intéressons ainsi à des discours ayant recours par exemple à l’antonomase (comme dans “un Tchernobyl chimique” à propos d’une pollution en Chine), à des énoncés sortaux (comme dans “une sorte de purification ethnique” au sujet du sort réservé aux Toucouleurs en Mauritanie), ou encore à ce que nous appelons des énoncés déclinants (tels que “ ‘opération mains propres’ à la sauce indienne” ou “ ‘nettoyage ethnique’ façon Belfast”).
Références bibliographiques :
Cefaï Daniel (1996), “La construction des problèmes publics. Définitions de situations dans des arènes publiques”, Réseaux, Issy-les-Moulineaux, CNET, n°75, pp. 43-66.
Kleiber Georges (1984), “Dénomination et relations dénominatives”, Langages, Paris, Larousse, n°76, pp. 77-94.
Kleiber Georges (1990), La Sémantique du prototype. Catégories et sens lexical, Paris, Presses Universitaires de France, coll. Linguistique nouvelle, 199 p.
Krieg Alice (1996), “La ‘purification ethnique’ dans la presse : avènement et propagation d’une formule”, Mots. Les langages du politique, Paris, Presses de Sciences Po, n°47, pp. 109-126.
Krieg-Planque Alice (2003), “Purification ethnique”. Une formule et son histoire, Paris, CNRS Editions, coll. Communication, 523 p. ; pp. 309- 325 (sur “événement de discours”) et pp. 404-444 (sur “nom propre d’événement” et sur “catégorie dénominative”)
Lecolle Michelle (2004), “Toponymes en jeu : diversité et mixage des emplois métonymiques de toponymes”, Studii si cercetari filologice, 3 / 2004, Université de Pitesti, Roumanie, pp. 5-13.
Lecolle Michelle (à paraître), “Eléments pour la caractérisation des toponymes en emploi événementiel”, à paraître dans Actes du Colloque international Représentations du sens linguistique III, Bruxelles, du 3 au 5 novembre 2005.
Quéré Louis (1994), “L’événement ‘sous une description’ : contraintes sémantiques, croyances stéréotypiques et ‘natural facts of life as a morality’ ”, Protée. Théories et pratiques sémiotiques, Département des Arts et Lettres de l’Université de Québec, Chicoutimi, vol. 22, n°2, pp. 14-28.

Marie Veniard, Université Paris 3, Syled-Cediscor
Le nom propre d’événement : le cas de la guerre d’Afghanistan
Les noms de guerres sont reconnus comme appartenant à la catégorie des noms propres, plus précisément à la catégorie des noms propres polylexicaux. Ils sont classés par Leroy (2004) dans la catégorie des praxonymes, certains apparaissent dans les dictionnaires des noms propres. Ils sont monoréférentiels et leur format dénominatif est stable : guerre + de + nom de pays. Du point de vue de leur fonction, la nomination d’un événement permet de limiter l’éparpillement du réel en ordonnant une diversité de faits dans une unité cohérente qui dépasse l’addition de ce multiple. C’est pourquoi nous aborderons la question du nom propre sous l’angle de la construction par le discours d’un événement qui, malgré ses réalisations concrètes, est un fait social.
Si la notion de praxonyme ou nom propre d’événement apparaît claire hors contexte, elle s’obscurcit quand on la confronte à des données discursives. C’est ce que nous montrerons en nous appuyant sur un corpus de presse (Le Monde et Le Figaro, octobre-décembre 2001) constitué autour de l’émergence du nom propre d’événement la guerre d’Afghanistan, qui s’accompagne de dénominations concurrentes. Différentes questions émergent. Tout d’abord, la question de la monoréférentialité : si l’événement est unique et non reproductible, qu’est-ce que la seconde guerre d’Afghanistan ? Vient ensuite la question de la forme dénominative : comment analyser la dénomination concurrente la guerre en Afghanistan ? En dernier lieu, nous aborderons la question de la construction socio-discursive des référents et du sens des noms d’événements à travers le néologisme la guerre contre le terrorisme, qui est présenté comme une dénomination d’événement dans les discours des dirigeants américains.
Références bibliographiques :
Bosredon B. et Tamba I. (1999). « Une ballade en toponymie : de la rue Descartes à la rue de Rennes », Linx, 40, Nanterre, Université de Paris 10, p. 55-69.
Leroy S. (2004). Le nom propre en français, Paris, Ophrys.
Moirand S. (2004). « La circulation interdiscursive comme lieu de construction de domaines de mémoire par les médias », dans Lopez-Munoz, J.-M., Marnette, S. et Rosier, L. éds : Le discours rapporté dans tous ses états, Paris, l’Harmattan, p. 373-385.
Veniard M. (à paraître). « Les noms propres de guerres entre stabilité formelle et dynamique référentielle », actes du colloque AFLS, septembre 2005, Université de Savoie.