séminaire du Céditec - séance du vendredi 17 novembre 2006, 14h30-17h

Publié le 24 janvier 2010 Mis à jour le 24 janvier 2010
Les "questions au gouvernement" :

un genre du discours parlementaire


Les “questions au gouvernement” peuvent être abordées comme un des genres du discours parlementaire dont on peut cerner les spécificités : historicité du genre, but officiel, contraintes juridiques, cadre spatio-temporel de l’interaction, statut des participants, conditions de production, pluralité des versions (écrites, prononcées, transcrites, publiées…), procédés énonciatifs de construction discursive de la position de représentant, négociation des places et des rôles au cours de l’interaction, dimensions argumentatives, valeur performative des énoncés, enjeux politiques pour les députés et pour les membres de l’exécutif…
Au cours de cette séance du séminaire du Céditec, nous nous intéresserons aux “questions au gouvernement” en mettant tout particulièrement l’accent sur ce qui relève de leur médiatisation. Les “questions au gouvernement”, en effet, font l’objet d’une publication au Journal officiel (désormais accessible également par l’internet) et d’une diffusion à la télévision (France 3 et LCP-Assemblée nationale). Les exposés et la discussion de cette séance viseront à identifier les formes et les enjeux d’une telle médiatisation, et à interroger les différents effets discursifs, politiques et institutionnels que celle-ci peut produire : caractéristiques propres au Journal officiel d’une part et à la télévision d’autre part, ressources et contraintes s’imposant aux secrétaires des débats chargés de transcrire l’interaction, dramatisation entraînée par la retransmission télévisée (et par la possibilité de reprises au journal télévisé ou dans d’autres médias), contrôle de l’ethos parlementaire renforcé par la présence d’une caméra, perception par les députés eux-mêmes des conséquences de la médiatisation sur les représentations du travail parlementaire, changement de statut de la parole publique produit par le fait de la publication au Journal officiel…

intervenants :
Caroline Facq-Mellet, maître de conférences en sciences du langage à l’Université Paris 10 – Nanterre / MoDyCo (UMR 7114), auteure d’une thèse sur Analyse discursive des questions au Gouvernement : places et rôles du groupe R.P.R. (1998-1999) [résumé ci-dessous].
Bruno Fuligni, secrétaire des débats à l’Assemblée nationale, chargé de mission éditoriale au service des archives et de la recherche historique parlementaire de l’Assemblée nationale, auteur de Les quinze mille députés d’hier et d’aujourd’hui, Paris, Editions Horay / Assemblée nationale, 2006.

discutant :
Dominique Desmarchelier, maître de conférences en sciences du langage à l’Université Paris 5 – René Descartes / Céditec (EA 3119), auteur de travaux sur les débats parlementaires

coordination :
Alice Krieg-Planque, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 12 – Val-de-Marne / Céditec (EA 3119)

 

Résumé de thèse :
Caroline Facq-Mellet, “Analyse discursive des questions au Gouvernement : places et rôles du groupe R.P.R. (1998-1999)”, thèse de doctorat en sciences du langage soutenue le 25 novembre 2005 à l’Université Paris 10 – Nanterre. Jury : Michel Arrivé (président), Guy Achard-Bayle, Andrée Chauvin-Vileno, Jean-François Jeandillou (directeur), Alain Rabatel.
Résumé de la thèse : La recherche porte sur un genre politique. Le corpus est constitué des 170 questions au Gouvernement posées par les députés R.P.R. à l’Assemblée nationale (1998-99). L’orientation est pragmatique. Il s’agit de mettre au jour la dimension illocutoire d’un genre réputé pour son inefficacité : les rôles sociaux des députés du R.P.R. (représenter le peuple, s’opposer) n’existent vraiment que par une réalisation discursive. Sont principalement convoqués les concepts austiniens des actes illocutoires et perlocutoires, enrichis par l’analyse de Récanati : Par le fait de parler, les députés n’atteignent peut-être pas toujours les objectifs perlocutoires d’un renversement des rapports de forces, mais en parlant, ils construisent une part de leur identité politique.
L’étude se développe en trois étapes. Les questions au Gouvernement sont d’abord appréhendées comme genre de discours à l’aide d’une approche contextuelle. On s’intéresse ensuite au rôle de la représentation. Il s’agit de montrer comment se construit discursivement la position de représentant : les procédés énonciatifs et les différents modes de discours rapporté participent par exemple de cette construction. Enfin, la dernière partie est consacrée de manière similaire à la construction discursive du rôle d’opposition. En dernière analyse, le relatif “échec” (au sens austinien) des deux rôles sociaux est envisagé. Une interprétation nouvelle des questions au Gouvernement est alors proposée : ce genre de discours est perçu dans sa fonction rituelle et commémorative d’une représentation stéréotypée de l’origine de la démocratie française.