séminaire du Céditec - séance du vendredi 2 février 2007, 14h30-17h

Publié le 24 janvier 2010 Mis à jour le 24 janvier 2010

Une rhétorique de l'ambigu :
la fiction, ou comment faire "comme si" le monde avait du sens


séance coordonnée par Michael Rinn
invitée : Emmanuelle Danblon, Université Libre de Bruxelles

 

Cette séance proposera de modéliser des approches d'une pratique rhétorique récurrente dans les discours utilitaires et artistiques contemporains : nous l'appellerons le faire "comme si".

Emmanuelle Danblon tentera de développer l'idée élaborée au départ dans son ouvrage  Rhétorique et rationalité (Armand Colin, 2005), à savoir que certains phénomènes discursifs permettent de réaliser un retour fictif à une vision magico-déterministe du monde dans laquelle l'univers est entièrement pourvu de sens. Ce retour est opéré en rhétorique sur le mode de la fiction (d'où l'idée de faire "comme si" qui n'est ni une tromperie, ni un jeu à proprement parler). Ce comme-si est propice à créer la persuasion et les émotions indispensables à l'adhésion. Mais en amont de la rhétorique officielle, on peut déceler des mécanismes discursifs qui utilisent le comme-si pour aider à l'expression difficile de réalités auxquelles on hésite à donner du sens. Là, le comme-si vient au secours d'un défi qui se pose parfois aux hommes, celui d'exprimer l'ineffable.

Quant à Michael Rinn, partant de l'idée que la représentation d'Auschwitz a conduit inévitablement à mettre la Shoah entre parenthèses (il y aurait un avant et un après), il faut essayer de situer notre époque dans "l'avec-Auschwitz". Le dire "comme si" serait ainsi une stratégie discursive destinée à dire l'indicible. Or cet indicible-là s'inscrit en faux dans les paysages de la rationalité moderne. Il dénonce les usages de lecture encore et toujours ancrés dans l'avant et l'après-Auschwitz. D'où l'approche de l'humour (dans un article consacré à Hervé Guibert, 2003) comme marque discursive de l'ambigu, du faux semblant de lisibilité. L'épidictique serait donc là pour dénoncer une absence essentielle : celle des corps - du somatique, en somme.