séminaire du Céditec - séance du vendredi 27 mars 2009, 14h30 à 17h30

Publié le 24 janvier 2010 Mis à jour le 24 janvier 2010

L'intensité affective dans le discours
Les figures de la véhémence et de la violence

 

Participants :
Marc Bonhomme (Université de Berne), Emmanuelle Danblon (Université Libre de Bruxelles), Gilles Declercq (Université de Paris 3 - Sorbonne Nouvelle), Fernand Delarue (Université de Poitiers), Françoise Douay (Université de Provence)

Discutant :
Michael Rinn (Université de Bretagne Occidentale, Céditec)

 

Propos :
Selon l’usage rhétorique du pathos, les figures de la véhémence et de la violence dans le discours argumenté relèvent de la pratique de l’art de l’invective. Il s’agit de blâmer ou de censurer un adversaire ou une cause jugée condamnable (Halsall 2003:263). La fonction discursive de ces figures  consiste d’une part à créer ou renforcer le sentiment de sympathie que l’énonciateur est censé inspirer chez le récepteur et d’autre part à priver un opposant de ce même sentiment. On peut reconnaître l’étroite relation entre la portée pragmatique de l’intensité affective dans le discours centrée sur l’auditoire et sa source idéologique qui émane de la construction de l’image de soi de l’orateur. Par ailleurs, comme le rappelle M. Angenot dans son analyse du pathos agressif (1982:35), l’intensité affective soulève la question de savoir comment distinguer sa dimension éristique de la gestion d’une conflictualité tempérée de son versant agonique du déclenchement de la violence directe. On peut penser que la véhémence, appréhendée comme une des qualités du style (Molinié 1992:334) caractérise un langage-action qui vise à emporter l’auditoire par la levée des grandes passions, tandis que la violence définit davantage un langage-limite qui cherche à réduire un adversaire au silence psychique ou physique. Enfin, comme le souligne M. Bonhomme (2008:166), les figures pathiques soulèvent deux problèmes majeurs. D’un côté, la configuration de l’intensité affective reste mal décrite. La majorité des théoriciens la caractérisent par une prégnance pulsionnelle difficilement contrôlable, par opposition à la raison. Cette approche empêche de distinguer clairement le pathos-source (l’orateur) du pathos-cible (l’auditoire). D’un autre côté, le mécanisme pathique de ces figures relèverait de motivations extralinguistiques, essentiellement psychologiques, sans que leur inscription dans la langue soit prise en compte. Or c’est précisément la médiatisation langagière de l’intensité affective qui appelle à une théorisation renouvelée.

Lectures :
Angenot M. 1982 : La parole pamphlétaire, Paris, Payot.
Bonhomme M. 2008 : «Les figures pathique dans le pamphlet : l’exemple du Discours sur le colonialisme du Césaire», in Emotions et Discours. L’usage des passions dans la langue, M. Rinn (dir), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, pp.165-175.
Halsall A. W. 2003 : «Figures de la véhémence chez Shakespeare et Hugo», in La parole polémique, G. Declercq, M. Murat, J. Dangel (dir.), Paris, Honoré Champion.
Molinié G. 1992 : Dictionnaire de rhétorique, Paris, PUR.
 

Programme de la séance :
• Gilles Declercq, Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle : « Réflexion sur la véhémence filmique. »
• Fernand Delarue, Université de Poitiers : « Le travail de la véhémence chez l'orateur latin. »
• Marc Bonhomme, Université de Berne : « Les variables pragmatiques de la métaphore injurieuse. »
• Françoise Douay, Université de Provence Aix-Marseille I : « Aperçus historiques sur l'encadrement institutionnel de la parole violente véhémente : sanction, cantonnement, incitation. »
• Emmanuelle Danblon : Université Libre de Bruxelles : « Ad personam et noms d’oiseaux ou la disqualification de la personne à travers son nom. »