• Culture scientifique et humanités,
  • Recherche,

Le projet MéDLib sélectionné pour financement par l'ANR

Publié le 21 août 2026

Le projet de recherche MéDLib, consacré aux médias indépendants, à la démocratie et à la liberté d'expression en France, a été sélectionné par l'ANR dans le cadre de l'appel à projets générique 2026. Il bénéficiera d'un financement de 676 000 € entre 2027 et 2030.

null
Date(s)

le 27 août 2026

Présentation

Le projet de recherche MéDLib (Médias "indépendants", Démocratie et Liberté d'expression et en France, 1995-2029), coordonné par Benjamin Ferron (Céditec), a été sélectionné pour financement par l'Agence Nationale de la Recherche, dans le cadre de l'appel à projet générique 2026. Ce projet a bénéficié de trois financements BQR et PMS de l'UFR LLSH de l'UPEC en 2023, 2024 et 2026. Un financement PRC (Projet de Recherche Collaboratif) de 676.000 € sera assuré par l'ANR sur la période 2027-2030, avec l'UPEC comme établissement gestionnaire.

Le projet MéDLib propose une analyse pluridisciplinaire des luttes de légitimation des médias dits « alternatifs, libres et indépendants » en France depuis 1995, en les replaçant dans les transformations sociologiques, politiques, économiques, juridiques et culturelles du pays.
Il part d’un constat paradoxal : alors que la France dispose d’un arsenal juridique solide garantissant la liberté d’expression, la liberté de la presse et l’autonomie des journalistes, plusieurs rapports récents d’organisations internationales alertent sur des menaces croissantes pesant sur l’indépendance politique et économique des médias.

Dans le même temps, on observe une double dynamique. D’une part, une multiplication d’organisations (syndicats, ONG, collectifs citoyens, fondations) se mobilisant pour défendre l’indépendance des médias et des journalistes, ainsi qu’un essor de médias se revendiquant « alternatifs », « indépendants » ou « libres ». D’autre part, des médias et acteurs liés à différentes franges de l’extrême droite ont progressivement banalisé leurs thèmes dans l’espace public, en revendiquant eux aussi la production d’une « information alternative » au nom de la liberté d’expression, parfois en rupture avec les principes républicains.
Le projet cherche ainsi à comprendre comment et pourquoi les questions d’indépendance des médias, de pluralisme démocratique et de liberté d’expression ont émergé comme des problèmes publics majeurs. Il s’intéresse notamment au rôle des « entrepreneurs de cause » qui contribuent à structurer ces enjeux et à alimenter les conflits entre médias indépendants et les instances susceptibles de les soutenir ou de les contraindre (institutions publiques, acteurs politiques, intérêts économiques).

Pour répondre à ces questions, MéDLib propose d’analyser les recompositions du pôle autonome du champ journalistique français entre 1995 — période marquée par d’importantes mobilisations sociales et par une critique accrue de leur traitement médiatique — et 2029.
L'hypothèse centrale de ce projet est que les transformations du champ journalistique depuis les années 1980-1990 — intensification des contraintes économiques, développement d’Internet et « plateformisation » de l’information, renforcement des formes de contrôle politique et droitisation de certaines lignes éditoriales — produisent des effets directs et indirects sur les médias indépendants. Ceux-ci peuvent être marginalisés économiquement ou symboliquement, mais certains parviennent à maintenir une légitimité fondée sur l’idéal professionnel du journalisme indépendant, malgré des ressources limitées. Parallèlement, des médias situés à l’extrême droite bénéficient de nouvelles opportunités médiatiques et politiques (recomposition du paysage audiovisuel, montée de forces politiques comme le RN), ce qui leur permet de renforcer leur visibilité et leur légitimité. L’ensemble de ces acteurs sont placés dans une configuration relationnelle qui nourrit des luttes concurrentes pour l’autonomie, la reconnaissance et la définition des normes journalistiques.

En testant cette hypothèse à partir de recherches qualitatives (entretiens, observations ethographiques) et quantitatives (questionnaire, analyse factorielle de données mixtes), MéDLib vise à éclairer les conditions sociales d’émergence, de reproduction et de consécration de ces « avant-gardes journalistiques », ainsi que les stratégies des médias conservateurs ou réactionnaires cherchant à disqualifier les médias « progressistes ».
Le projet est structuré en quatre axes : gestion et coordination, collecte et analyse des données autour de cinq thématiques, mise en place d’un plan de gestion des données conforme au RGPD, et valorisation des résultats, avec un double objectif d’impact scientifique et socio-culturel.

Le projet, d’une durée de 36 mois à partir de janvier 2027, mobilise 14 chercheurs et chercheuses issu.es de cinq laboratoires publics (Céditec, Irisso, Cens, Utopi, Tétras) et de disciplines variées : sociologie, science politique, sciences de l’information et de la communication, linguistique, droit public. Cinq membres du Céditec y participent : Benjamin Ferron (MCF, département de communication politique et publique), Emilie Née et Cyrielle Montrichard (MCF, Département de Lettres), Téo Cazenaves (doctorant en Sciences de l'information et de la communication), Igor Nadal Iniestola (Doctorant en Sciences du langage).

La valorisation socio-culturelle du projet MéDLib comportera notamment la réalisation d’un documentaire, d’une exposition itinérante et d’un livre grand format richement illustré.
 

Liens diverses